Os a l’état frais

L’os à l’état frais présente exactement la même structure générale que l’os à l’état sec. Mais les cavités diverses que nous avons décrites dans sa substance fondamentale n’existent plus ou, plutôt, elles sont comblées par différentes parties molles dont l’étude complétera celle qui précède. Ces parties molles, surajoutées à l’os frais, sont :

  1. pour les ostéoplastes et les canalicules osseux, les cellules osseuses et leurs prolongements ;
  2. pour le canal central des os longs et pour les aréoles du tissu spongieux, la moelle osseuse ;
  3. pour les canaux de Harvers, les vaisseaux de l’os. Outre ces éléments, qui sont situés dans son épaisseur, l’os possède à sa surface extérieure une enveloppe fibreuse, appelée périoste.

Enfin, sur certains points de cette surface extérieure, au niveau des articulations, les os nous présentent un revêtement cartilagineux ou fibro-cartilagineux. Nous renverrons à l’arthrologie l’étude de ce revêtement cartilagineux et nous décrirons ici successivement : les cellules osseuses ; la moelle osseuse ; puis le périoste.

Cellules osseuses

Les cellules osseuses sont situées dans les ostéoplastes et les remplissent entièrement : elles présentent donc, se moulant exactement sur elles, la même forme et les mêmes dimensions que les cavités qui les contiennent. Elles se composent, comme toutes les cellules, d’une masse protoplasmique, renfermant à son centre ou au voisinage de l’une de ses extrémités un gros noyau ovalaire.

Le corps cellulaire ou protoplasma (fig. 14) émet sur tout son pourtour des prolongements pleins qui, s’échappant de l’ostéoplaste, s’engagent dans les canalicules osseux. Comme ces derniers, ils rayonnent dans toutes les directions, se bifurquent, se ramilient et, finalement, se fusionnent avec les prolongements protoplasmiques similaires, soit de la même cellule osseuse, soit des cellules osseuses voisines.

L’existence de ce réseau protoplasmique, remplissant les prolongements canaliculés des ostéoplastes, a été longtemps controversé, mais elle est aujourd’hui, après les recherches déjà anciennes de CHEVAssu et de TOURNEUX (1881) et les recherches plus récentes de ZACHARIADÈS et de VIVANTE, presque universellement admise.

La cellule osseuse n’a pas de membrane d’enveloppe. On peut bien, en faisant” agir sur l’os des acides concentrés, isoler des coques calcifiées, qui rappellent exactement par leur forme et par leurs dimensions les cellules osseuses et que l’on considérait autrefois (VIRCHOW) comme les enveloppes de ces dernières.

Mais ces coques calcifiées ont une signification toute différente : elles ne sont autre chose que la mince couche de substance fondamentale qui circonscrit l’ostéoplaste et qui, plus résistante la que partout ailleurs, n’a pas été détruite par le réactif. Elles appartiennent réellement à la substance fondamentale de l’os et n’ont, avec les cellules osseuses, d’autres rapports que ceux qui existent d’ordinaire entre le contenant et le contenu. Les cellules osseuses et les coques calcifiées, prétendues membranes cellulaires de VIRCHOW, sont deux formations absolument distinctes comme origine et comme valeur morphologique.

Moelle osseuse

La moelle osseuse est une substance molle, d’une consistance pulpeuse, que l’on rencontre dans toutes les cavités du tissu osseux : le canal central des os longs, les aréoles du tissu spongieux, voire même certains canaux de Havers. Elle a pour fonctions multiples :

  • d’alléger les pièces squelettiques, en prenant la place du tissu osseux, dont le poids spécifique est beaucoup plus considérable que le sien ;
  • de présider, pendant tout le temps que dure l’ossification, à la formation du tissu osseux ;
  • de fournir, concurremment avec certains autres organes, les éléments figurés du sang et de prendre ainsi une part importante à l’hématopoïèse.

Différentes variétés de moelle osseuse.

La moelle osseuse revêt des aspects différents suivant les points et les conditions où on l’examine et, à cet effet, on doit distinguer la moelle rouge, la moelle jaune et la moelle gélatineuse. Ces variétés d’aspect, disons-le tout de suite, sont dues, non pas à une structure essentiellement différente de la moelle, mais bien à une répartition différente de ses éléments constituants.

  1. Moelle rouge. – La moelle rouge a pour caractère, comme son nom l’indique, une coloration rouge très prononcée. Elle occupe toutes les cavités des os du fœtus, d’où le nom de moelle fœtale que leur donnent encore la plupart des anatomistes. Chez l’adulte, on la rencontre dans les aréoles de certains os à structure spongieuse, tels que les corps vertébraux, les os de la base du crâne, les côtes, le sternum, etc.
  2. Moelle jaune. — La moelle jaune ou moelle graisseuse remplit la presque totalité des cavités osseuses de l’adulte : c’est elle, notamment, qui comble le canal diaphysaire des os longs. La moelle jaune est la moelle de l’adulte, comme la moelle rouge est la moelle du fœtus.
  3. Moelle gélatineuse. — La moelle gélatineuse, enfin, est ainsi appelée (ROBIN) en raison de sa demi-transparence et de sa consistance analogue à celle de la gélatine. Elle occupe, chez l’adulte, les aréoles des os larges qui entrent dans la constitution du crâne et de la face. Chez quelques animaux, notamment chez les rongeurs, on la rencontre dans presque toutes les pièces osseuses du squelette.

Structure générale de la moelle osseuse

Envisagée à un point de vue très général, la moelle osseuse est essentiellement constituée par un stroma conjonctif, dans les mailles duquel se disposent de nombreux éléments cellulaires caractéristiques.

STROMA CONJONCTIF, OSTÉOBLASTES

Le stroma conjonctif de la moelle osseuse consiste en un fin réticulum de fibrilles conjonctives, dont les travées, toujours très délicates, servent de soutien aux vaisseaux et aux différents éléments cellulaires.

Les fibres élastiques y font complètement défaut.

Aux fibrilles conjonctives s’ajoutent en plus ou moins grand nombre des cellules du tissu conjonctif (cellules fixes de certains auteurs) affectant, tantôt la forme de cellules plates, tantôt et le plus souvent la forme de cellules arrondies ou ovalaires à contours souvent anguleux. Ces dernières cellules sont du type embryonnaire et c’est à elles que GEGENBAUR, en 1864, a donné le nom d’ostéoblastes. Nous verrons plus loin, en effet, le rôle important qui leur est dévolu dans la production du tissu osseux.

Somme toute, le stroma de la moelle osseuse est un tissu conjonctif muqueux, ou tissu conjonctif resté à l’état embryonnaire. Très rare ou même complètement absent dans les aréoles du tissu spongieux, il est plus abondant dans la moelle qui occupe le canal diaphysaire des os longs. Il se condense parfois à la périphérie de cette dernière, en lui formant comme une sorte d’enveloppe, que certains histologistes, bien à tort, ont cru cru pouvoir considérer comme un périoste interne ou endoste. Cette portion périphérique du stroma conjonctif de la moelle ne se différencie jamais, en effet, en une véritable membrane, comparable au périoste.

Voir également  CONFORMATION INTÉRIEURE DES OS

ÉLÉMENTS CELLULAIRES DE LA MOELLE OSSEUSE

Outre les cellules fixes et les ostéoblastes, que nous venons de signaler et qui appartiennent manifestement au stroma conjonctif, la moelle osseuse nous présente encore les éléments cellulaires suivants :

  1. des cellules adipeuses ;
  2. des médullocelles ;
  3. des cellules à noyaux bourgeonnants ;
  4. des myéloplaxes ;
  5. des cellules rouges.
Cellules adipeuses

Les cellules adipeuses sont surtout abondantes dans la moelle jaune ; mais elles n’en existent pas moins, quoique infiniment plus rares, dans la moelle rouge. Ces cellules ne constituent nullement, pour la moelle osseuse, des éléments spéciaux. Elles présentent ici exactement les mêmes caractères et la même valeur morphologique que dans les autres régions du corps : ce sont de simples cellules conjonctives, dont le protoplasma a été envahi par la graisse. Outre cette graisse emprisonnée dans les cellules adipeuses, la moelle renfermerait encore, d’après KÔLLIKER, des granulations graisseuses à l’état libre.

Médullocelles

Les médullocelles, signalées pour la première fois par ROBIN en 1849, sont des cellules sphériques, à contours très nets, mais de dimensions et d’aspect fort variables. Elles mesurent, en moyenne, de 12 à 15 p. de diamètre. Leur protoplasma, .tantôt clair et homogène, tantôt finement granuleux, possède à son centre un noyau volumineux, avec ou sans nucléole. Ce noyau, qui n’est pas visible sur la cellule vivante, mais qui apparaît très nettement après la mort de l’élément et sous l’action de certains réactifs (acide acétique dilué, alcool au tiers), nous présente, à son tour, des variations fort nombreuses : il est, suivant les cas (fig. 15), arrondi, allongé, en bissac, incurvé en U. On rencontre enfin des cellules qui, au lieu d’un noyau, en possèdent deux, trois ou même un plus grand nombre (rnédullocelles polynucléées). Contrairement à l’opinion de CH. ROBIN, qui faisait de ses médullocelles des éléments spéciaux à la moelle osseuse, on admet généralement aujourd’hui que ces éléments anatomiques ne sont autre chose que des cellules migratrices du tissu conjonctif, autrement dit des leucocytes ou cellules de la lymphe. Tout comme les leucocytes, les médullocelles, observées à l’état vivant et dans les conditions spéciales qui permettent de constater les mouvements du protoplasma, jouissent d’une grande activité amiboïde, changent de forme, se déplacent, émettent sur leur pourtour des prolongements ou pseudopodes, englobent dans leur masse, pour les digérer ou les rejeter ensuite au dehors, les particules solides placées à leur portée, etc.

Cellules à noyau bourgeonnant

Les cellules à noyau bourgeonnant, bien décrites par BIZZOZERO en 1869, présentent les plus grandes analogies avec les médullocelles. Mais elles en diffèrent par les deux points suivants : elles sont, tout d’abord, plus volumineuses et, puis, elles n’ont plus de mouvements amiboïdes.

Le corps cellulaire est granuleux, les granulations se disposant régulièrement en couches concentriques ou bien se disséminant sans ordre au sein de la masse protoplasmique. Il renferme à son centre (fig. 16), soit un seul noyau irrégulièrement bosselé et comme chargé de bourgeons, soit des noyaux multiples et, dans ce dernier cas, les noyaux sont complètement indépendants o.u bien sont encore « reliés entre eux par des filaments formés d’une substance semblable à celle qui constitue leur masse » (RANVIER).

Myéloplaxes

CH. ROBIN a décrit sous ce nom de larges plaques protoplasmiques, finement et uniformément granuleuses, renfermant un nombre plus ou moins considérable de noyaux (fig. 17). Ce sont encore des éléments cellulaires, les cellules à noyaux multiples de JOHN MULLER, les cellules géantes de certains histologistes allemands. Les myéloplaxes affectent, pour la plupart, une forme polygonale, à contours irréguliers, avec ou sans prolongements : elles mesurent en moyenne de 30 à 60 p. ; mais il en existe de bien plus volumineuses. Quant aux noyaux, ils sont ovalaires (9 sur 5 p. en moyenne), brillants et chacun d’eux possède deux ou trois nucléoles, quelquefois plus. Ces noyaux ne sont pas moins variables dans leur disposition que dans leur volume : tantôt ils se trouvent réunis au centre même de la plaque ; tantôt, au contraire, ils sont épars et disséminés sans ordre dans toute l’étendue de la masse protoplasmique. D’autre part, ils se disposent sur des plans différents, et il n’est pas rare de les voir, sur la préparation que l’on a sous les yeux (fig. 17), se superposer plus ou moins par leurs extrémités ou par leurs bords.

Envisagées au point de vue de leur mode de répartition, les myéloplaxes se voient un peu partout dans la moelle osseuse. Elles sont répandues plus abondamment dans les aréoles du. tissu spongieux que dans le canal médullaire des os longs et, dans ce dernier, elles se rencontrent de préférence dans les couches périphériques de la moelle, tout contre la paroi du canal osseux qui la contient.

Nous verrons plus loin, à propos de l’ossification (p. 52), que les myéloplaxes sont, suivant toutes probabilités, les agents de ce travail de destruction et de résorption que l’on rencontre à chaque instant dans l’édification d’une pièce osseuse. De là le nom d’ostéoclastes ou cVostoclastes (de O’ÇTÉOV, os et XLÀETV, briser), qui a été donné à ces éléments par KÔLLIKER, dénomination qui est devenue classique.

Cellules rouges. — NEUMANN, en 1890, et BIZZOZEUO, également en 1890, ont signalé l’existence, dans la moelle osseuse, d’un certain nombre d’éléments cellulaires dont le protoplasma est coloré en rouge : on les désigne sous le nom de cellules rouges de NEUMANN et BIZZOZERO, ou, tout simplement, de cellules rouges..

Ce sont des cellules sphériques (fig. 18), assez analogues par leur forme et leurs dimensions aux médullocelles, présentant à leur centre un noyau volumineux qui occupe à lui tout seul la plus grande partie du corps cellulaire et qui, suivant les cas, est franchement unique ou en train de se diviser. Quant à la masse protoplasmique elle-même, elle est « homogène, analogue au stroma des globules rouges de la grenouille et chargée comme lui d’hémoglobine, que l’eau dissout .et que chassent la plupart des réactifs ou des agents physiques, comme s’il s’agissait véritablement d’un globule rouge ou noyau » (RENAUT). Ce protoplasma, du reste, nous présente assez souvent à sa surface extérieure des espèces de bourgeons, sessiles ou plus ou moins pédiculés, qui ont tous les caractères histochimiques des jeunes globules rouges du sang.

C’est que les cellules rouges de la moelle osseuse, comme l’avait déjà soutenu NEUMANN, sont des éléments producteurs de globules rouges. On n’est pas encore nettement fixé sur le processus intime en vertu duquel la cellule médullaire se transforme en globule rouge (voy., à ce sujet, les Traités d’histologie), mais le fait lui-même n’est guère plus contesté aujourd’hui par personne, Voilà pourquoi les cellules rouges de la moelle ont été désignées par MALASSEZ sous le nom très significatif de cellules globuligènes et par LÔWIT sous celui d’érythroblastes (de Èpuopôç, rouge, globule rouge et f&açTÔç, germe).

Voir également  COMPOSITION CHIMIQUE DES OS

Nous avons dit plus haut qu’à la moelle osseuse était dévolu, de même qu’à quelques autres organes, l’importante fonction de former les éléments figurés du sang et notamment les hématies (fonction hématopoïétique) : les cellules rouges sont les agents essentiels de cette fonction.

Malgré leur diversité d’aspect et de dimensions, les éléments cellulaires de la moelle osseuse sont bien moins différents morphologiquement qu’on pourrait le croire au premier abord, quand on se contente de les étudier chez l’adulte et dans leur forme typique. Lorsqu’on les suit, en effet, au cours de leur genèse, on les voit nettement dériver les uns des autres et, du reste, même chez l’adulte, les formes typiques (je veux dire celles qui sont le mieux caractérisées) sont toujours reliées les unes aux autres par des formes intermédiaires.

C’est ainsi que la cellule rouge ou érythroblaste n’est autre chose qu’une médullocelle dont le protoplasma est devenu plus homogène et s’est coloré en rouge par suite de la production, dans sa masse, d’une certaine quantité d’hémoglobine. La cellule adipeuse, de son côté, n’est ici comme ailleurs, nous l’avons déjà dit plus haut, qu’une cellule conjonctive fixe (ou peut-être aussi une cellule migratrice) dont le protoplasma s’est peu à peu surchargé de graisse

A son tour, la myéloplaxe dérive nettement d’une médullocelle ou leucocyte : c’est une médulocelle qui a perdu ses mouvements amiboïdes, dont le protoplasma s’est considérablement étendu, dont le noyau, par suite de divisions successives, a donné naissance à des noyaux multiples, etc., Du reste, la cellule à noyaux bourgeonnants constitue nettement un élément de transition entre la médulocelle (forme primordiale) et la myéloplaxe (forme dérivée). VAN DER STRICHT a pu suivre dans toutes ses phases la transformation d’un

leucocyte en une cellule à noyau bourgeonnant et, d’autre part, on rencontre entre cette cellule à noyau bourgeonnant et la vraie myéloplaxe toute la série des formes intermédiaires.

Les éléments, dits spéciaux, de la moelle osseuse ne sont donc en définitive que des dérivés, soit des cellules fixes, soit des cellules migratrices du tissu conjonctif embryonnaire. Et, si l’on veut bien se rappeler que, dans le tissu conjonctif, cellules fixes et cellules migratrices sont des éléments morphologiquement équivalents (les premiers étant susceptibles de se mobiliser et de devenir des leucocytes, les seconds pouvant au contraire rétrograder et se fixer en cellules conjonctives ordinaires), on en conclura que tous les éléments cellulaires de la moelle, quelle que soit leur valeur anatomique ou fonctionnelle à l’état adulte, ont leur origine commune dans la cellule conjonctive embryonnaire : ce sont des cellules conjonctives transformées.

Structure spéciale à chaque variété de moelle osseuse

Toute la moelle osseuse, quelle que soit le point du squelette où on l’examine, nous présente la structure générale que nous venons de décrire. Elle possède partout les mêmes éléments histologiques et, si elle varie dans ses caractères extérieurs, cette variation dépend uniquement d’une proportion différente dans la répartition de ces éléments.

La moelle rouge, très pauvre en fibrilles conjonctives, est extrêmement riche en vaisseaux et en médullocelles colorées par l’hémoglobine. La moelle jaune, à son tour, doit la coloration qui la caractérise à sa richesse en cellules adipeuses, qui représentent parfois jusqu’aux huit dixièmes de sa masse. Quant à la moelle gélatineuse, elle est caractérisée histologiquement par la rareté des cellules adipeuses, par le développement relativement considérable de sa trame conjonctive et surtout par sa richesse en matière amorphe. La parenté histologique est telle entre les trois variétés de moelle osseuse qu’on les voit, dans certaines conditions déterminées, dériver manifestement l’une de l’autre. C’est ainsi que la moelle rouge, qui est la moelle du fœtus, se transforme peu à peu en moelle jaune, qui est la moelle du sujet arrivé à son complet développement. D’un autre côté, nous voyons cette moelle jaune, au cours d’une longue maladie, perdre petit à petit ses éléments adipeux (qui ici comme ailleurs sont pour la nutrition de véritables matériaux de réserve) et revêtir alors tous les caractères de la moelle gélatineuse. Enfin la moelle jaune et la moelle gélatineuse peuvent l’une et l’autre, sous l’influence d’une inflammation locale, faire retour à l’état fœtaL et redevenir moelle rouge.

Composition chimique de la moelle osseuse

La composition chimique de la moelle osseuse nous est indiquée par les deux analyses suivantes, que j’emprunte à GOSSELTN et REGNAULD.

Vaisseaux et nerfs de la moelle osseuse

Les vaisseaux sanguins de la moelle des os proviennent, en partie de l’artère nourricière, en partie des artères périostiques (voy. plus bas). Les artères, après des divisions et des subdivisions successives, aboutissent, ici comme ailleurs, à un réseau capillaire. Les vaisseaux qui entrent dans la constitution de ce réseau présentent tout d’abord la forme et le calibre des capillaires ordinaires ; puis, après un court trajet, peu après s’être séparés des artérioles, ils se dilatent et se renflent par places, de façon à former des canaux essentiellement irréguliers, à trajet sinueux, a parois plus ou moins bosselées. Ces vaisseaux, ainsi dilatés, ont été pris à tort pour des veines : ils appartiennent bel et bien, par leur structure, au groupe des capillaires vrais. Pour rappeler et concilier les deux opinions, on les désigne ordinairement sous le nom de capillaires veineux : ce sont des capillaires intermédiaires entre les capillaires ordinaires et les premières veinules. Ils mesurent en moyenne 100 p. de diamètre et forment dans leur ensemble un riche réseau dont les mailles ont de 200 à 300 11..

Histologiquement, les capillaires sanguins de la moelle osseuse, tant les capillaires veineux que les capillaires ordinaires, sont constitués par une simple couche de cellules endothéliales, rappelant assez bien par leur forme et leur disposition celles, configurées en feuille de chêne, qui revêtent intérieurement les vaisseaux lymphatiques. Ce revêtement endothélial, considéré par les uns comme continu, présenteraient pour d’autres (VAN DER STRICHT) des solutions de continuité, à travers lesquelles les éléments figurés du sang pourraient se répandre dans la-moelle et, vice versa, un certain nombre des éléments cellulaires de la moelle pourraient pénétrer dans les capillaires sanguins.

On n’a pas encore rencontré dans la moelle osseuse de vaisseaux lymphatiques vrais. La lymphe y circule suivant une modalité qui ne nous est pas encore connue.

Les nerfs de la moelle des os, signalés depuis longtemps déjà par GROS et par KÔLLIKER, ont été étudiés à nouveau, en 1880, par REMY et VARIOT. Ils proviennent, pour la plupart, du troncule nerveux qui s’engage dans le trou nourricier en même temps que l’artère nourricière ; les autres, beaucoup moins nombreux, tirent leur origine du réseau périostique. Arrivés à la moelle, les rameaux nerveux suivent généralement la direction des vaisseaux sanguins et, comme ces derniers, se divisent et se subdivisent en filets de plus en plus ténus : un capillaire de 20 p. n’en possède qu’un seul ; un vaisseau de 40 p. en a deux, suivant isolément autour de lui un trajet plus ou moins spiroïde ; les vaisseaux plus volumineux en possèdent un plus grand nombre. Chacun d’eux renferme deux ordres de fibres : des fibres à myéline, mesurant 5 à 7 V. et des fibres de Remak, mesurant 2 à 3 p. seulement.

Voir également  Structure des os

Leur mode de terminaison n’est pas encore nettement élucidé.

Périoste

Le périoste (de itepl, autour et dçtéov, os) est une membrane fibreuse jetée à la manière d’une enveloppe sur les différentes pièces du squelette. Durant la période d’ossification, le périoste prend une large part, comme nous le verrons plus loin, à l’édification des pièces osseuses. Puis, quand ces pièces osseuses ont atteint leur complet développement, il leur fournit leurs vaisseaux et leur apporte les matériaux nécessaires à leur nutrition : le périoste devient ainsi la membrane nourricière des os.

Caractères physiques

Le périoste a une coloration blanchâtre, avec une légère nuance jaune chez les sujets qui jouissent d’un certain embonpoint. Son épaisseur, fort variable, est généralement proportionnelle aux dimensions de l’os : c’est ainsi qu’elle est moins considérable sur les os courts que sur les os larges, moins considérable aussi sur les os larges que sur les os longs des membres. Sur ces derniers, le périoste est plus mince au niveau de la diaphyse (1 millimètre environ) qu’au niveau des épiphyses (de I à 3 millimètres). Le périoste le plus épais est celui qui revêt, sur sa face exocranienne, l’apophyse basilaire de l’occipital ; le plus mince, celui qui tapisse intérieurement les cavités des os de la face.

Disposition générale et rapports

Envisagé dans sa disposition générale, le périoste est une membrane continue, enveloppant dans presque toute son étendue la surface extérieure des os. Je dis dans presque toute son étendue, car il fait défaut au niveau des tendons et des ligaments, les faisceaux conjonctifs de ces tendons et ligaments s’insérant directement sur l’os et pénétrant même en partie dans leur épaisseur sous forme de fibres de Sharpey. Le périoste manque encore sur les parties que revêt le cartilage articulaire : en atteignant ce cartilage articulaire, il se confond avec la capsule fibreuse de l’articulation et, par l’intermédiaire de cette dernière, il se continue avec le périoste qui recouvre l’os ou les os voisins. Le périoste, au point de vue de ses rapports, nous offre à considérer deux surfaces, l’une externe, l’autre interne :

Surface externe

Par sa surface externe, le périoste répond aux organes les plus divers : aux muscles, à leurs tendons, aux vaisseaux artériels et veineux, à des glandes (la glande sous-maxillaire, par exemple, qui est en contact avec le périoste de la face interne du maxillaire), aux muqueuses, etc. Une couche de tissu cellulaire, ici plus ou moins lâche, là au contraire extrêmement serrée, sépare la membrane périostale de ces différentes formations. Au niveau de certaines muqueuses, cette couche celluleuse intermédiaire est tellement serrée qu’elle est pour ainsi dire absente, auquel cas périoste et muqueuse sont intimement unis l’un à l’autre de façon à ne former pour ainsi dire qu’une seule membrane, une fibro-muqueuse. Telle est la disposition que l’on rencontre dans les fosses nasales, sur la voûte palatine, dans la caisse du tympan, etc.

Surface interne

La surface interne du périoste repose immédiatement sur l’os, auquel elle adhère d’une façon plus ou moins intime. D’ordinaire, cette adhérence est d’autant plus prononcée que la surface osseuse est plus inégale : c’est ainsi que l’enlèvement ou décollement du périoste est plus facile sur les os plats que sur les os courts, plus facile aussi sur la diaphyse des os larges que sur leurs épiphyses. L’adhérence du périoste à l’os sous-jacent est duc en partie aux vaisseaux, toujours extrêmement nombreux, qui du périoste vont à l’os. Mais elle est duc aussi et surtout à la présence de ces faisceaux conjonctifs, signalés plus haut (p. 19), qui, sous le nom de fibres de Sharpey, s’échappent de la partie profonde de la membrane fibreuse périostale pour pénétrer plus ou moins profondément dans la substance osseuse. Il convient d’ajouter que cette adhérence du périoste varie avec l’âge, étant généralement d’autant plus grande que le sujet est plus âgé.

Structure

Histologiquement, le périoste se compose de deux couches superposées, l’une externe, l’autre interne :

Couche externe

La couche externe ou superficielle est formée par des faisceaux conjonctifs, lesquels pour la plupart se disposent parallèlement les uns aux autres et affectent sur les os longs une direction longitudinale. A ces fibres conjonctives se mêlent toujours un certain nombre de fibres élastiques plus ou moins anastomosées et des cellules plates du tissu conjonctif. On y rencontre aussi, dans certains cas, quelques cellules adipeuses.

Couche interne

La couche interne ou profonde présente exactement les mêmes éléments que la précédente : fibres du tissu conjonctif, cellules conjonctives, réticulum élastique. Mais les cellules conjonctives y sont un peu plus nombreuses que dans la couche externe. De son côté, le réticulum élastique est à mailles plus serrées, formé par des fibres à la fois plus fines et plus nombreuses.

Les fibres conjonctives, elles aussi, sont beaucoup plus minces et, d’autre part, sont moins régulières dans leur disposition : le plus grand nombre d’entre elles affectent encore une direction longitudinale ; mais on en rencontre aussi qui sont transversales, obliques, plus ou moins arciformes. Ce sont ces dernières, disons-le en passant, qui, en pénétrant dans l’os, constituent les fibres de Sharpey (fibres arciformes de RANVIEH).

Dans le jeune âge, alors que le système squelettique est en pleine évolution, la couche profonde du périoste nous présente, entre elle et l’os, une série plus ou moins nombreuse de cellules jeunes ou ostéoblastes , auxquelles incombe l’importante fonction d’élaborer, suivant un processus que nous décrirons plus loin, les couches les plus superficielles de l’os sous-jacent. L’ensemble de ces cellules, avec leur fin réticulum conjonctif, constitue la couche ostéogène d’OLLiER ou encore (en raison de l’analogie histologique et fonctionnelle qui existe entre les cellules de cette couche ostéogène et celles de la moelle embryonnaire) la moelle sous-périostique.

La couche ostéogène ou moelle sous-périostique, très développée chez le fœtus et le nouveau-né, très nette encore chez l’enfant et l’adolescent, tant que l’os s’accroît en largeur, disparaît quand elle n’a plus aucun rôle à jouer, je veux dire quand l’os a achevé sa croissance. On n’en trouve plus aucune trace chez l’adulte où le périoste, dans les conditions normales tout au moins, est inapte à produire du tissu osseux : c’est un périoste stérile et il restera tel désormais.