Ostéologie

Les os dont s’occupe l’ostéologie (de ὀστέον,osteon, os et λόγος, lógos, discours) sont des organes blanchâtres, durs et résistants, dont l’ensemble constitue le squelette.

Situés au milieu des parties molles, ils leur servent de soutien et parfois même se creusent de cavités pour les recevoir et les protéger contre les atteintes extérieures ; ils s’unissent les uns aux autres pour former les articulations; ils servent enfin de leviers aux masses musculaires qui s’insèrent à leur surface, devenant ainsi l’une des parties essentielles, la partie passive, de l’appareil locomoteur.

Tous les animaux, on le sait, ne possèdent pas de squelette. L’apparition d’une charpente osseuse au sein de l’organisme est, en sciences naturelles, un fait de haute importance. C’est sur lui, en effet, que repose la division primaire du monde zoologillue en deux grands groupes : les animaux vertébrés et les animaux sans vertèbres ou invertébrés.

L’ostéologie est, sans conteste, la base de l’anatomie soit descriptive, soit topographique. Aussi devons-nous, à la première page de cet ouvrage, d’accord en cela avec tous les anatomistes, recommander instamment aux élèves d’apporter le plus grand soin à l’étude des os et de ne passer à l’étude des parties molles que lorsqu’ils posséderont tous les détails, et ils sont nombreux, qui caractérisent la morphologie du squelette.

Dans le domaine de l’anatomie philosophique, l’étude des os n’est pas moins importante. Le système osseux est peut-être celui qui reflète avec le plus de netteté les caractères de classe, de genre, d’espèce, les caractères sériaires en un mot, comme si chaque fonction et pour ainsi dire chaque acte physiologique imprimait sur le squelette des traces plus ou moins profondes de sa manière d’être. C’est ainsi que nous pouvons, jusqu’à un certain point, à la seule inspection d’un squelette quelconque, dire quels étaient ses muscles, quel était son système nerveux, quels étaient les caractères de ses appareils digestif et respiratoire. N’est-ce pas le cas de rappeler ici que c’est à l’aide de simples ossements fossiles que CUVIER et les continuateurs de son œuvré ont fait revivre des faunes nombreuses, qui sont aujourd’hui éteintes et dont nous ne possédons parfois que de simples débris ?

IDÉE GÉNÉRALE DU SQUELETTE

On distingue deux espèces de squelettes : le squelette naturel et le squelette artificiel. Le squelette naturel est celui dont les différentes pièces restent unies par leurs ligaments. On appelle squelette artificiel celui où ces mêmes pièces sont maintenues en présence par des liens étrangers à l’organisme, des fils métalliques le plus souvent. Ce dernier est assurément le plus commode pour l’étude analytique des os, en ce qu’il permet de voir les surfaces articulaires. C’est celui que devra utiliser l’élève, sans préjudice d’un deuxième squelette dit désarticulé, c’est-à-dire d’un squelette dont toutes les pièces sont entièrement isolées les unes des autres.

Constitution du squelette

Le squelette humain se compose essentiellement d’une longue colonne, la colonne vertébrale, placée verticalement sur la ligne médiane et constituée par une série d’éléments superposés et similaires, les vertèbres. Cette colonne se renfle à son extrémité supérieure pour former le crâne ; son extrémité inférieure, au contraire, s’atténue et s’effile pour former le sacrum et le coccyx, rudiment de la queue des animaux.

A la partie antérieure et inférieure du crâne s’applique un massif osseux fort complexe, la face, auquel on peut rattacher l’os hyoïde, à titre d’annexe.

De la partie moyenne de la colonne précitée se détachent latéralement une série régulière d’arcs osseux, les côtes. Ces arcs, au nombre de vingt-quatre, douze de – chaque côté, se dirigent en avant pour venir, sur la ligne médiane, s’articuler avec une nouvelle colonne, la colonne sternébrale ou sternum. Les côtes, de concert avec les deux colonnes vertébrale et sternébrale, circonscrivent une vaste enceinte découpée à jour, le thorax

Voir également  COMPOSITION CHIMIQUE DES OS

La partie supérieure du thorax est entourée par deux os, la clavicule et le sca- pulum : ils forment à eux deux ce qu’on est convenu d’appeler la ceinture thoracique. A cette ceinture se trouvent appendus latéralement une série de leviers qui s’articulent les uns aux autres et dont l’ensemble constitue le membre supérieur ou tKoracique.

De même, de la partie inférieure de la colonne vertébrale nous voyons s’échapper, sous forme de larges ailes, deux pièces osseuses, remarquables à la fois par leur solidité et leurs dimensions, les os coxaux. Articulés l’un avec l’autre sur la ligne médiane antérieure, les os coxaux s’unissent en arrière avec le sacrum et le coccyx et circonscrivent ainsi, avec ces deux derniers os, une nouvelle enceinte, le bassin. L’ensemble des os coxaux constitue la ceinture pelvienne, sur les côtés de laquelle s’implantent les membres inférieurs ou pelviens.

On considère avec raison les ceintures thoracique et pelvienne comme n’étant que les premiers segments des membres. D’autre part, l’anatomie philosophique a démontré depuis longtemps que les côtes et le sternum ne sont que de simples éléments vertébraux ; et pendant longtemps encore les anatomistes, après GOETHE et OKEN, ont rattaché au type de la vertèbre les différentes pièces osseuses qui entrent dans la constitution du crâne et de la face. Si. cette dernière assertion pouvait être maintenue dans toute. sa rigueur (nous verrons malheureusement qu’il n’en est pas ainsi !), nous arriverions à cette définition bien simple du squelette humain : le squelette n’est autre chose qu’une série de vertèbres superposées, portant latéra- lement deux paires d’appendices ou membres.

Nombre d’os

Le squelette d’un sujet adulte, âgé de trente à trente cinq ans par exemple, nous présente 208 os.

Dans ce nombre ne sont pas compris les os surnuméraires du crâne ou os wormiens, ni les petits os sésamoïdes du pied et de la main. Le nombre des pièces du squelette, qui est de 208 chez l’adulte, peut diminuer et diminue même chez le vieillard, par suite de la soudure de deux os voisins. Par contre, ce nombre est plus considérable dans le jeune âge que dans l’âge adulte, parce qu’un certain nombre d’os sont primitivement constitués par plusieurs pièces distinctes : tel est le frontal, qui se compose primitivement de deux moitiés symétriques ; tel est encore l’os coxal, qui comprend primitivement trois os distincts, l’ilion, le pubis et l’ischion, etc.

Longueur proportionnelle des différentes pièces du squelette entre elles

Il est démontré par l’observation que lorsqu’un sujet grandit, chacun de ses os grandit aussi dans certaines proportions. De là l’existence de rapports naturels entre la longueur de chacune des pièces du squelette et ce qu’on pourrait appeler la longueur totale du corps ou taille. L’état de ces rapports permet d’établir avec le plus de précision possible les proportions du corps. Elle permet aussi, à l’aide d’une opération arithmétique des plus simples, de résoudre le problème suivant, que l’on rencontre à chaque pas, soit en anthropologie, soit en médecine légale : étant donné quelques os ou même un seul os des membres, Vhumérus par exemple, d’un sujet inconnu, déterminer la taille de ce dernier.

A cet effet, on a dressé des tableaux où se trouvent indiquées, comparativement à la taille, la longueur des différentes parties du squelette et celle des os les plus importants des membres supérieur et inférieur, tableaux qui, on le conçoit, permettent de reconstituer rapidement la taille d’après la longueur des os. On s’est servi successivement en France des tableaux d’ORFILA, de TOPINÀUD, de IIOLLET (Thèse de Lyon, 1888). Dans un récent mémoire, MANOUVRIER (Mémoire sur la détermination de la taille d’après les grands os des membres, Mém. de la Soc. d’Anthropologie, Paris, 1892) a repris l’étude des mensurations effectuées à Lyon par ROLLET, comme étant celles qui offraient les meilleures garanties d’exactitude, et il a donné le tableau suivant, après avoir éliminé les causes d’erreur qui rendaient incorrects les tableaux antérieurs :

Voir également  Structure des os

Dans ce tableau, tous les chiffres occupant une même ligne horizontale se correspondent mutuellement. La détermination de la taille avec un os des membres, sera donc des plus faciles : il suffira de chercher dans la colonne de cet os le chiffre qui représente sa longueur et de lire ensuite dans la colonne du milieu la taillecorrespondante. Ainsi à un fémur de 519 millimètres (hommes) correspond en moyenne une taille de 1111,830. A ce môme fémur correspond un humérus de 368 millimètres, un cubitus de 293 millimètres, etc.

Si la longueur de l’os donné est intermédiaire entre deux des longueurs inscrites au tableau, on devra prendre la taille également intermédiaire entre les deux tailles correspondantes. Ainsi à un tibia masculin de 343 millimètres (intermédiaire entre les chiffres 340 et 346) correspond une taille de lm,615 (intermédiaire aux chiffres lm,605 et lm,625).

Enfin, si la longueur de l’os mesuré dépasse les limites du tableau, on obtiendra la taille en multipliant cette longueur par l’un des coefficients inscrits au bas des tableaux. Ainsi la taille correspondante à un tibia masculin de 310 millimètres sera de 310 X 4,80 = lm,488. De même, un humérus de 375 millimètres correspondra à une taille de 375 X 4,93 = lm,848. ,

Il est indispensable, pour arriver à des résultats précis, de mesurer les os con-, formément au procédé opératoire qui a été indiqué par BROCA et suivi par ROLLET : on devra se servir de la planchette ostéomctrique de BROCA et prendre la longueur maximum (en projection) des différents os. Pour le tibia, toutefois, il ne sera pas.

tenu compte de l’épine de cet os. Pour le fémur, il sera mesuré en position obliq-ue, c’est-à-dire les deux condyles xétant appuyés contre le montant vertical de la planchette.

La taille obtenue par le procédé que nous venons d’indiquer correspond à la taille cadavérique. Il faudra en retrancher 2 centimètres si on veut avoir la taille telle qu’on la mesure sur le vivant.

Dans le tableau ci-dessus, les tailles sont exprimées en millimètres, parce que ce sont des moyennes. Mais cela ne veut pas dire qu’on puisse reconstituer la taille jusqu’aux millimètres, alors que sa mesure directe par un opérateur exercé n’est obtenue qu’à 1 centimetre près et comporte des variations plus étendues encore.

Il est très important de connaître la proportion des chances d’erreur et des chances de succès qui existent dans la détermination de la taille, même par le procédé le plus correct. Voici à cet égard les résultats probables indiqués par MANOUVRIER pourvu essais, en utilisant soit le fémur soit l’humérus, sur des individus isolés. Les autres grands os donnent des résultats à peine inférieurs et l’association de plusieurs os ne donne pas des résultats beaucoup plus précis.

Il est à remarquer qu’en opérant sur des groupes, même faibles, on obtient, généralement une taille moyenne exacte ou à peu près, parce que les erreurs en plus ou en moins se font alors mutuellement équilibre.

D’autre part, si au lieu d’opérer sur des sujets français pris çà et là, on opère sur des individus d’une race déterminée, d’une race préhistorique par exemple, les chances d’erreur seront accrues d’autant plus qu’il s’agira de races plus différentes des nôtres quant aux proportions du corps.

Voir également  Os a l'état frais

Il y a, en général, un léger avantage à déterminer la taille d’après la longueur de quatre os : le fémur, l’humérus, un seul os de l’avant-bras et un seul os de la jambe. On prend alors la moyenne des quatre tailles ainsi obtenues.

Direction des os

Les os nous offrent à considérer une direction absolue et une direction relative : a. Direction absolue. — La direction absolue d’un os est celle que cet os présente en lui-même, je veux dire lorsqu’il est considéré isolément et dans n’importe quelle situation. A ce point de vue, nous avons des os rcctilignes, comme le péroné ; des os incurvés en arc, comme les côtes ; des os contournés en S italique, comme la clavicule ; des os tordus sur leur axe, comme l’humérus, etc.. etc.

Direction relative

La direction relative d’un os est celle qu’il présente lorsqu’il est en place sur un sujet en position debout. Dans cette nouvelle condition, l’os est, suivant le cas, vertical, horizontal, oblique : La direction verticale et la direction horizontale n’ont pas besoin d’une longue définition : tout ps est vertical quand il est dirigé parallèlement au plan vertical ; de même, tout os est horizontal quand il est parallèle au plan homonyme.

Quant à la direction oblique, elle présente les plus grandes variétés et pour bien la définir, il faut la considérer par rapport aux six plans suivants :

  1. le plan médian ou sagittal, plan vertical et antéro-postérieur passant par la ligne médiane ou, si l’on veut, par la suture sagittale ;
  2. le plan latéral, plan vertical et antéropostérieur, parallèle au précédent par conséquent, tangent au côté gauche ou au côté droit du sujet ;
  3. le plan antérieur, plan vertical et transversal, passant par la face antérieure du sujet ;
  4. le plan postérieur, également vertical et transversal, passant par sa face postérieure ;
  5. le plan supérieur, horizontal, tangent à la partie la plus élevée de la tète ;
  6. le plan inférieur, horizontal comme le précédent passant par la plante des pieds.

Ainsi, pour donner un exemple, prenons le radius : son extrémité inférieure étant plus éloignée du plan médian que son extrémité supérieure, nous dirons que cet os se dirige obliquement du plan supérieur vers le plan inférieur et du plan médian vers le plan latéral, ou, plus simplement, qu’il est oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Considérons maintenant les côtes qui ont une direction encore plus compliquée : leur extrémité antérieure étant à la fois plus rapprochée du plan antérieur et du plan inférieur que leur extrémité postérieure, nous définirons leur direction en disant qu’elles sont obliques de dedans en dehors, d’arrière en avant et de haut en bas.

Dans l’énumération des différents plans sur lesquels s’incline un os donné, il est indifférent de prendre pour point de départ l’une ou l’autre de ces deux extrémités ; ainsi au lieu de dire que le fémur est oblique de haut en bas et de dehors en dedans, on peut tout aussi bien dire, en partant de son extrémité inférieure, qu’il est oblique de bas en haut et de dedans en dehors. Mais il est indispensable, l’énumération une fois commencée, de procéder toujours dans le même sens, je veux dire de partir toujours de la même extrémité pour se rendre à l’extrémité opposée.